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l’École supérieure d’art des Pyrénées

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L’extension du domaine de la marchandise.

caddie-2
biche  bovin

Ici, sur cette route de montagne, entre Aragnouet et Bielsa,
il semble que l’on rencontre des ménagères vaquant en liberté,
comme des animaux sauvages, et comme des vaches.
M./

semelles au vent

les_semelles

Plage du Petit Nice, Le Pyla-sur-Mer, Gironde.
Il fait beau. C’est dimanche. Quasiment seuls sur la plage, nous rentrons d’une longue marche entre dune, forêt, Bassin et océan. Dans la lumière du couchant, traces de pas fraîches sur le sable humide : d’autres sont passés là avant nous. Une foule.
Piétinements ordonnés : le rivage rectiligne qui file tout droit jusqu’à Hendaye invite la marche, et l’oriente. Ces empreintes éphémères mêlées et superposées dessinent un chemin parallèle au rivage : aller ou retour, voilà la seule alternative. Des semelles. Toute une panoplie de semelles. Ou, plus exactement leurs empreintes moulées dans le sable. Et nous voilà en train de jouer les détectives : chaussure d’homme, chaussure de femme, chaussure d’enfant… Facile. Mais cette écriture se déplie en une infinie variation sur le motif et bientôt se prête à de plus subtiles observations. La plupart des traces indiquent que nous sommes dans la catégorie sportswear. Voilà un dessin sophistiqué, qui trahit un modèle haut de gamme : chaussures de training, ou de running ? Ici une trace à la géométrie plus basique, qui évoque un peu celle des roues d’un tracteur : godillots, bottes ? Tiens, un talon un peu plus fin, un peu plus enfoncé, au bout un peu plus pointu : chaussure de femme, en cuir ? Et cette trace bien plus discrète, à peine marquée, presque sans relief : chaussure de ville ? Juste à côté, un semis de crampons aux formes triangulaires, presque agressives : sans doute quelque modèle hypertechnique (hypermoderne ?), sans doute de couleur vive.
Une belle paire de pompes outdoors se doit d’inscrire dans le paysage une trace élégante et racée : lignes droites, lignes courbes, vides et pleins, ces formes et contre-formes sculptées dans les semelles participent de fait à l’identité de la chaussure et de sa marque. Ainsi les empreintes que nous lisons sur le sable sont le résultat de longs et méticuleux processus de design qui transcendent la fonction antidérapante des crampons et fabriquent, aussi, des images.
Le vent nous fouette le visage et le fracas des vagues nous assourdit. Pour autant, ces traces parlent de design et de mode, de commerce et de mondialisation, de marques et de branding… Et nous voilà, d’un coup, dans l’urbain. Elle est où, la nature ? Alors sans crier gare, mélangé aux autres traces, et comme pour venir contredire le cours de nos pensées : tiens, un pied nu !
M./

P…

mathilde_pau

Lorsque que je me déplace, que je marche dans la rue, j’ai souvent tendance à regarder le sol plutôt que ce qui se trouve en face de moi. Mais en ce jour de beau temps, lors d’un trajet quotidien, cette plaque attira mon attention. Pas très grande, je me stoppe pour mieux la regarder. Posée comme un tampon sur une feuille, cette forme rectangulaire en métal, laisse apparaître sur le béton trois lettres en défonce : Le P, le A et le U. Est-ce pour nous rappeler où nous sommes ? Ou pour nous préciser que nous nous trouvons bien sur un trottoir palois, créé et façonné dans la vie rêvée des villes ? Ici, pour se repérer, plus besoin de regarder les panneaux de signalétiques habituels, désormais les informations se trouvent au sol.

Mathilde Klug, Pau

Low-cost

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Venise, vaporetto, promenade sur les berges des canaux, ville musée, architecture incroyable et…
FUNÉRAILLES LOW-COST.
Et oui, le tableau était trop beau.
Graphiquement aussi riche qu’une affiche Leader-price, l’affiche pour les funérailles Low-cost est en accord totale avec le message qu’elle transmet : pauvre et repoussante.
Affiche uniquement typographique, gros titre accrocheur :
LES FUNÉRAILLES LOW-COST
Deuxième niveau de lecture, une explication évidente :
POURQUOI DÉPENSER
PLUS QUAND
POUR MOINS TU AS LE
MÊME SERVICE ?
Funérailles à partir de 1380 euros
Je suis maintenant convaincu. Si un proche de ma famille meurt c’est iofrossi que je contacterai. C’est pas cher et si ils organisent des funérailles aussi bien qu’ils pensent leurs affiches de promotioni, avec un peu de chance, ils ne perdront pas le corps du défunt.
Pour les contacter, rien de plus simple :
http://www.iofrossi.it
041 5231711
L’essentiel est dit. Mais pour rassurer le futur « client » et donner un peu de crédit à l’affiche : le logo et l’adresse de l’entreprise.
Là on est sûr que c’est une affiche à prendre au sérieux, ils ont un « vrai » bureau quand même.
Iofrossi, on peut leur faire confiance à mort.

Jean-Julien Hazoumé, Venise

Panneaux fantômes

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En revenant de la médiathèque de Pau, en centre ville, je suis passée devant ce mur. Fade et mal entretenu, il a quand même retenu mon attention. En effet, cette haute façade qui s’impose à moi, obstruant par la même occasion un magnifique – et au combien rare – ciel bleu, tente de me dire quelque chose.
Je remarque tout d’abord les traces laissées par trois grand panneaux qui avaient dû être installés sur ce mur. Elles délimitent trois cadres qui se démarquent du reste du mur par leur couleur plus foncée. Puis, en me rapprochant du bâtiment, j’ai pu discerner un dessin particulier. Au dessus de chacun de ces rectangles est peint une ficelle accompagnée d’un clou. Ces derniers sont placés de manière à donner l’illusion que les « panneaux fantômes » sont suspendus au mur grâce aux clous.
Quels étaient les images affichées à cet endroit? Étaient-elles dessinées elles aussi? Était-ce des publicités? Des annonces pour un évènement particulier? Est-ce qu’un cadre les délimitaient pour poursuivre dans l’illusion de la suspension?
Cette image suscite chez moi des questions autour de ce qui a pu être visible à cet endroit, sur le temps qui passe et sur l’évolution de la ville.
Le fait qu’aujourd’hui il n’y ait plus de panneaux rend cette scène complètement absurde.
Un élément disparaît et le sens de toute l’installation s’évapore.

Maeva Exposito, Pau

Antonymes…

ROULEZ-AU-PAS_merci-1

ROULEZ AU PAS
merci

Petit panneau.
Rectangle blanc.
Lignes et courbes vertes.
Deux points noirs.
Minimalisme.

“ROULEZ AU PAS” : capitales.
« merci » : bas de casse.
Deux informations, deux niveaux.

Panneau de 1 mètre de large, à droite d’un chemin.
Rectangle à l’horizontale.
Écriture centrale.
Deux vis.
Simplicité.

ROULEZ / AU PAS : des antonymes ?
“merci” / “mais de rien”.

Panneau un peu trop loin du chemin.
Rectangle sali par le temps.
Écriture à l’impératif.
Vis indispensables.
Interaction.

Chloé Serieys Lire la suite…

Le 8 de carreau

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Sur un fond aux nuances grises, plusieurs lignes noires se dégagent ainsi qu’un rectangle blanc orné de huit losanges rouges. Le haut de l’image est marqué par des pointillés blancs. Les lignes noires laissent apparaître de faibles ombres ; il y a donc du relief dans cette composition. Il s’agit en fait des craquelures d’un plafond du métro parisien. Le rectangle blanc se révèle être une carte à jouer : le 8 de carreau. Véritable surprise lorsque, assise sur un siège, je lève la tête et découvre cette composition, ce collage. Mon étonnement est d’autant plus grand de par la situation : cette carte tient, comme retenue au plafond, trois mètres au-dessus du sol. Cette situation spatiale soulève tout un pêle-mêle de questions. Comment cette carte s’est-elle retrouvée ici ? Est-ce un pari gagné ? Suis-je la seule à l’avoir vue ? Comment tient-elle ? Le plafond du métro peut-il devenir un nouveau lieu d’affichage destiné aux curieux ? Quel est l’intérêt de cet acte ? Et pourquoi le 8 de carreau ?

Chloé Serieys, Paris