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Par décret

16:10:2006


Beau temps, ce jeudi matin d’octobre, au bord du courant d’Huchet. Ce déversoir du lac de Léon n’en finit pas de contourner le barrage du bourrelet des dunes qui retarde sa course vers l’océan. Les cotonniers sont en fleurs. Un héron cendré pêche, solitaire, à deux pas de la plage déserte. Tout est calme et beauté…
Soudain, ce panneau dans le paysage : LIMITE DE SALURE DES EAUX. Un beau panneau rectangulaire. Fond blanc, liseré rouge, lettres capitales. C’est du propre et net, du solide et bien plané. Et ces cinq mots qui feraient presque un petit poème, ou un titre un peu sophistiqué pour exposition d’art contemporain. Sur la ligne du bas, il est bien précisé, en plus petit : DÉCRET DU 14 JUILLET 1853. Et c’est tout. La rhétorique réglementaire est impeccable : nul n’est sensé ignorer. Pourtant le mystère reste entier : protection, prévention, interdiction, avis à la population ? La salure – merci Le Petit Robert – c’est le caractère de ce qui est salé. Quel gouvernement a profité de la fête nationale, millésime 1853, pour décréter sur la limite de salure de la commune de Moliets : “Monsieur le Sel, nous vous sommons par décret de stopper net votre progression !” Et quel fonctionnaire zélé, pour nous en informer in situ, a donné ordre de composer et de fabriquer ce beau panneau pour le poser là ?

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