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semelles au vent

25:02:2014

les_semelles

Plage du Petit Nice, Le Pyla-sur-Mer, Gironde.
Il fait beau. C’est dimanche. Quasiment seuls sur la plage, nous rentrons d’une longue marche entre dune, forêt, Bassin et océan. Dans la lumière du couchant, traces de pas fraîches sur le sable humide : d’autres sont passés là avant nous. Une foule.
Piétinements ordonnés : le rivage rectiligne qui file tout droit jusqu’à Hendaye invite la marche, et l’oriente. Ces empreintes éphémères mêlées et superposées dessinent un chemin parallèle au rivage : aller ou retour, voilà la seule alternative. Des semelles. Toute une panoplie de semelles. Ou, plus exactement leurs empreintes moulées dans le sable. Et nous voilà en train de jouer les détectives : chaussure d’homme, chaussure de femme, chaussure d’enfant… Facile. Mais cette écriture se déplie en une infinie variation sur le motif et bientôt se prête à de plus subtiles observations. La plupart des traces indiquent que nous sommes dans la catégorie sportswear. Voilà un dessin sophistiqué, qui trahit un modèle haut de gamme : chaussures de training, ou de running ? Ici une trace à la géométrie plus basique, qui évoque un peu celle des roues d’un tracteur : godillots, bottes ? Tiens, un talon un peu plus fin, un peu plus enfoncé, au bout un peu plus pointu : chaussure de femme, en cuir ? Et cette trace bien plus discrète, à peine marquée, presque sans relief : chaussure de ville ? Juste à côté, un semis de crampons aux formes triangulaires, presque agressives : sans doute quelque modèle hypertechnique (hypermoderne ?), sans doute de couleur vive.
Une belle paire de pompes outdoors se doit d’inscrire dans le paysage une trace élégante et racée : lignes droites, lignes courbes, vides et pleins, ces formes et contre-formes sculptées dans les semelles participent de fait à l’identité de la chaussure et de sa marque. Ainsi les empreintes que nous lisons sur le sable sont le résultat de longs et méticuleux processus de design qui transcendent la fonction antidérapante des crampons et fabriquent, aussi, des images.
Le vent nous fouette le visage et le fracas des vagues nous assourdit. Pour autant, ces traces parlent de design et de mode, de commerce et de mondialisation, de marques et de branding… Et nous voilà, d’un coup, dans l’urbain. Elle est où, la nature ? Alors sans crier gare, mélangé aux autres traces, et comme pour venir contredire le cours de nos pensées : tiens, un pied nu !
M./

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